Éducation aux médias

et à l'information

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Formation de formateurs EMI "Esprit critique" du 11 juin 2018

Le lundi 11 juin s'est tenue au Lycée Evariste de Parny, la première journée de formation des futurs formateurs EMI de l'académie. M Eric Maillot, IA-IPR d'Anglais, et référent académique du dossier EMI, a ouvert cette journée.

À cette occasion, il a évoqué les grands enjeux de l'Éducation aux Médias et à l'Information en insistant sur la plus-value que constitue, pour chaque discipline et dans le cadre ordinaire du cours, l'acquisition par les élèves de compétences liées à l'EMI, en particulier celles qui portent sur l'esprit critique.

La formation était assurée par Cynthia Zanet, professeur de lettres au Lycée Evariste de Parny, et Stéphane Gombaud, professeur de philosophie et chargé de mission d'inspection pour l'académie.

Consulter le programme de cette journée

Résumé de l'argumentaire

Il faut d'abord convenir du caractère transversal de l'esprit critique, nécessaire à toutes les disciplines. Il semble donc important, dans un premier temps, de réfléchir aux contours de cette notion.

Définir l'esprit critique, chercher quelle relation cet esprit entretient avec la raison,l'autorité, la vertu, réfléchir aux bénéfices qu'il apporte est une première étape. Mais le plus important est de mettre en garde.

D'une part, chacun s'en croit suffisamment pourvu. D'autre part, il peut être fait un mauvais usage de la critique, enfermant l'esprit dans des certitudes au lieu de le maintenir ouvert et apte à l'investigation. Ainsi l'appui sur de grands textes de philosophie, l'analyse du courant du Critical thinking ou les méthodes des sceptiques modernes renseignent sur les bienfaits d'une démarche plus systématique dans les pratiques.

C'est donc une démarche fondamentalement pragmatique qui permet d'entretenir le souci pour la vérité, la curiosité et la volonté de dialoguer, sans quoi l'esprit critique ne peut se développer durablement. Reste encore à présenter les enjeux d'un enseignement à l'esprit critique. En plus des problèmes récents qu'on peut regrouper sous la rubrique de la prolifération des fausses nouvelles, il existe un enjeu proprement civique beaucoup plus général : assurer les bases d'une démocratie qui se défend elle-même contre l'obscurantisme ou le conformisme en défendant la liberté de pensée.

Lors de cette journée, la volonté était également d'attirer l'attention des enseignants sur le fait que l'esprit critique, notre esprit critique, peut nous jouer quelques mauvais tours... Les biais cognitifs, par exemple, constituent autant de pièges à notre "bon" raisonnement. Aussi, notre raison doit faire face chaque jour à une quantité toujours plus importante d'informations de natures différentes (médias classiques, 2.0, réseaux sociaux) : comment trier, vérifier la source des informations, des documents? Quelles sont les intentions de ceux qui produisent ces données?... Autant des questions qui nous ont amené à conclure que la rigueur nécessaire à toute élaboration d'une pensée critique est chronophage.

Enfin, l'échange de pratiques de classe entre les participants à la journée de formation, bien qu’écourtée faute de temps, a permis de mettre en lumière la nécessaire pratique des médias avec les élèves, notamment lors de projets plus ou moins conséquents, intégrés aux heures de cours “traditionnelles”.

L’objectif est de permettre aux élèves de comprendre la création, le cheminement et le possible égarement d'une information dans les circuits médiatiques. La pratique récurrente dans les classes de la vérification des sources des documents utilisés, de l'analyse de l'image (par exemple l’image fixe ou mobile publicitaire), de l'étude comparée d'articles de presse, du "démontage" de fake news ou de sites parodiques... favorisent l'acquisition d'un esprit critique chez l’élève.

L'efficacité de l'enseignement semble renforcée quand les pratiques de classe mettent l'élève en situation de producteur d'information. Il peut suivre ainsi, en groupe notamment, des procédures d'imitation, de détournement ou de parodie de médias classiques (par exemple avec la rédaction d'un journal de collège...), ou de médias 2.0 (par exemple la création d'une Web-Télé...).

L'enseignant et ses élèves peuvent exploiter les ressources créatives des appareils numériques que ces derniers connaissent en général si bien: par exemple, réalisation de courts métrages, de reportages, d’interviews… via leur smartphone. Ainsi, l'enseignant détourne progressivement chez ses élèves l’usage de ces objets numériques.

Leur utilisation qui était essentiellement superficielle à cause notamment d’une concentration des activités sur des réseaux de type sociaux ou potentiellement source de problème - pensons au cyber-harcèlement par exemple - évolue vers une pratique plus créative, plus critique, plus autonome. L'objectif est d’amener progressivement les élèves à non seulement penser l'objet numérique et ses conséquences, mais surtout à les exploiter de façon plus pertinente, plus culturelle.

Les différents acteurs de cette journée sont convaincus que l’acquisition d’une pensée critique chez l’élève est primordiale. L’E.M.I constitue un pivot, un medium, un “outil” qui peut s’articuler au sein des heures d’enseignements disciplinaires pour les rendre plus efficaces. Le professeur documentaliste est la personne ressource qui accompagne l’enseignant et ses élèves dans cette mise en oeuvre.